La Vallée du Drâa comprend 6 palmeraies (ou oasis) le long d'un axe de 250 km de long et abrite une population d'environ 300 000 personnes. Entre l'Atlas et le Sahara, les oasis marocaines ont pu se développer grâce à la présence d'eau et le travail des hommes. En effet, les oasis sont des écosystèmes artificiels dépendant de l'action de l'homme qui a pu mettre en culture (dans tous les sens du terme), cet espace en plein désert.
Carrefour entre des routes commerciales empruntées par les caravanes, la région a joué un rôle politique et économique important. Elle a abrité une brillante civilisation, composante majeure de la culture et de l'histoire marocaine. Elle regorge encore d'un patrimoine inestimable (kasbahs, ksours, peintures rupestres...). Les origines de la population sont fort diversifiées suite aux occupations successives et au passage des caravanes. Depuis des siècles, cette population vivait en équilibre avec les ressources naturelles grâce à une forte cohésion sociale, une discipline collective rigoureuse et des techniques très élaborées. Les oasis sont basées sur un mode d'exploitation traditionnel durable et performant. Ecosystèmes fragiles situés aux portes du désert, elles jouent un rôle crucial dans la lutte contre son avancée et servent d'indicateurs des évolutions climatiques au niveau mondial.
Malheureusement, durant les dernières décennies, un développement inadapté a perturbé cet équilibre maintenant fortement menacé. Pourtant, des gens se battent pour empêcher que ce modèle unique ne disparaisse. Au 20ème siècle, la surface couverte par les palmeraies a été réduite de moitié. Les causes de cette perte immense sont nombreuses : sécheresses successives, attaques de Bayoud (un champignon qui attaque les palmiers) et d'autres maladies ou ravageurs (cochenille, acridiens, ...) ainsi que les conséquences de la désertification (érosion éolienne, ensablement, salinité des sols et de l'eau).
Cependant, les facteurs naturels ne sont pas la seule explication de cette crise et l'action humaine est la principale cause des difficultés vécues aujourd'hui. Le milieu naturel ne peut supporter l'augmentation de la pression démographique (augmentation de 50 % en 20 ans). Face à cette situation, l'économie globale de la vallée, basée essentiellement sur l'agriculture, se dégrade et les perspectives à moyen terme sont alarmantes.
Les structure sociales traditionnelles sont en pleine mutation, mais restent toujours fortes. Par exemple, pour la gestion de l'eau d'irrigation, les villageois sont organisés en Associations des Utilisateurs d'Eau Agricole. Ces associations créés sous l'impulsion de l'Etat marocain sont en fait issues des groupements traditionnels, appelées kbila. Elles suivent donc encore des règles ancestrales complexes qui régissent depuis des siècles la gestion de l'eau.
En parallèle, en réaction à cette crise, le milieu associatif s'est fortement développé. Les associations et coopératives de producteurs, de jeunes et de femmes sont très actives dans divers domaines. Elles constituent donc des acteurs clés du développement de la région. Travailler avec ces associations et les renforcer est gage d'un impact durable des actions entreprises.
Ainsi, dès sa conception et dans toutes les étapes de sa mise en œuvre, le projet s'est basé sur une collaboration avec ce tissu associatif. En tant que structures représentants l'ensemble des bénéficiaires, les besoins de ceux-ci ont pu être correctement identifiés et des réponses adéquates ont pu être apportées. L'implication des associations est passée également par une participation de celles-ci, comme les AUEA qui ont fourni la main d'œuvre pour la construction des ouvrages hydrauliques. Ceci permet une responsabilisation et une appropriation des réalisations par ces groupements de bénéficiaires. Passer par ces organisations existantes et mises en place par la population permet également de respecter les règles sociales qui seraient autrement très difficiles à appréhender.
Néanmoins, les acteurs étatiques, comme les émanations déconcentrées des ministères, sont aussi incontournables car ces structures sont chargées de relayer et de promouvoir les stratégies de développement voulues par le Maroc. Pour cette raison, le projet repose sur un partenariat avec l'ORMVAO qui est responsable, dans la zone d'action du projet, de l'encadrement des acteurs locaux dans le domaine de l'agriculture, du développement rural et de l'irrigation. Un partenariat ne se décrète pas, il se construit progressivement sur base d'une confiance mutuelle qui se développe peu à peu, chacun ayant à gagner, à apprendre, du contact de l'autre. Dans ce cas aussi, le partenariat n'aura pas été facile à construire, et progresse encore maintenant même si le projet touche bientôt à sa fin. Les problèmes de formation, de motivation, d'équipements, d'autorité, sont nombreux et les projets de coopération peuvent aussi, inconsciemment constituer des formes de menaces pour certains acteurs (perte de privilèges, de pouvoir, nouvelle distribution des moyens, changement dans les méthodes de travail, remises en question,...). Dans tous les cas, il reste fondamental de respecter et de promouvoir le rôle de ces structures déconcentrées ou décentralisées qui sont indispensables au développement d'un Etat moderne et efficace.
Dans la conception d'un projet de développement, un handicap majeur est le manque de compréhension de ces systèmes enchâssés (traditionnel, administratif, associatif, politique, communautaires, claniques..) et parfois peu visibles, dont les interrelations sont difficiles à décoder. On peut donc facilement passer à côté des véritables enjeux, des véritables réseaux de pouvoir ou de connaissance, et construire une architecture intellectuelle sur des fondations peu solides. Dans le cas des palmeraies, cela est particulièrement vrai en ce qui concerne la gestion de l'eau et la propriété foncière qui suivent des modes d'organisation distincts, très codifiés, sur des niveaux différents mais qui restent fortement liés.
La survie économique de la vallée passe par la valorisation des dattes
Le palmier dattier est l'élément fondamental de la palmeraie. Il crée un microclimat favorable aux cultures sous-jacentes et permet ainsi une diversité de produits agricoles (grenades, figues, céréales, légumes, fourrages, henné...). Les dattes représentent la majeure partie du revenu des agriculteurs de la vallée. De plus, elles sont un élément clé de la culture oasienne en tant qu'aliment des repas de fêtes et ingrédient de nombreuses recettes. Les étendues peuplées de palmiers attaqués par les maladies témoignent des pertes énormes auxquelles font face les agriculteurs. Ces images sont de plus en plus répandues et gagnent peu à peu toute la vallée. Les habitants des oasis constatent que la qualité des dattes et les rendements diminuent. Ils se plaignent donc d'une chute de leur principal revenu.
Afin de soutenir la production dattière, des formations techniques sur le palmier, des séances de sensibilisation sur les oasis, des distribution de matériel (emballages) sont organisées au profit des membres des associations et des coopératives de producteurs. La replantation de palmiers, via les pépinières, permettra de contrecarrer les effets désastreux des changements climatiques. En travaillant avec les groupements de producteurs ont assurent une dispersion de l'information vers les autres membres, un renforcement des structures existantes et une reprise de l'organisation de certaines actions.
La gestion raisonnée de l'eau est un élément–clé pour la survie des oasis
Depuis plusieurs décennies, les agriculteurs font face à des périodes de sécheresse successives. De plus, la construction du barrage de Ouarzazate a perturbé leur gestion traditionnelle de l'eau d'irrigation. Aujourd'hui, on ne voit couler l'eau du Draa que trois à quatre fois par an pour des périodes de deux ou trois semaines.
Les Associations d'Utilisateurs d'Eau Agricole (AUEA) sont aujourd'hui les structures officielles responsables de la gestion de l'eau au niveau villageois. Vu ce rôle important, et que,leurs capacités de gestion sont encore faibles, un appui à ces associations était indispensable. Ainsi, des locaux ont été aménagés et leurs membres ont suivis des formations sur la gestion associative et sur les systèmes d'irrigation. Grâce à un système informatisé, elles pourront également mieux gérer la distribution de l'eau entre les zones.
Les AUEA ont pu également réaliser différents ouvrages hydrauliques (revêtement de canaux, stations de pompage collectif et digues de dérivation). Elles reçoivent les matériaux nécessaires à la construction et, de leur côté, apportent la main d'œuvre. Grâce à ces installations, les agriculteurs peuvent diminuer le gaspillage d'eau, augmenter l'apport à la parcelle et ainsi accroître la superficie irriguée et améliorer leurs productions. La promotion des systèmes d'irrigation économes en eau va également dans ce sens. L'implication des AUEA permet une réponse adaptée à leurs besoins et une responsabilisation par rapport, notamment, à l'entretien des ouvrages. Favoriser la gestion collective, telle que dans la tradition, assure une gestion raisonnée.
Les femmes ont un rôle majeur à jouer
Les femmes sont des acteurs importants du développement de la vallée. En effet, depuis toujours, le rôle de la femme est important et diversifié. Elle est chargée des travaux ménagers et de l'éducation des enfants, mais aussi de nombreuses activités dans le domaine agricole et de l'élevage. De plus, avec l'émigration des hommes, les femmes restées aux villages ont vu leurs tâches et responsabilités augmenter, mais leurs droits et leur liberté restent limités. Seule une faible partie d'entre elles sont scolarisées.
Grâce aux cours d'alphabétisation et aux séances de sensibilisation, de nombreux changements sont apparus dans la vie des femmes.
La création d'associations féminines et l'appui d'activités génératrices de revenu permettront aux femmes de devenir des actrices à part entière du développement de leur région. Via l'association, les femmes pourront regrouper leurs efforts et s'organiser efficacement. En tant que structure officielle, elles pourront contacter les bailleurs de fonds afin de trouver des financements afin de réaliser leurs projets.